
Un nouvel article de Bankwatch alerte sur les préoccupations croissantes autour de la centrale hydroélectrique de Dabar en Bosnie-Herzégovine
Actualités
Les opinions exprimées dans l’article sont celles de CEE Bankwatch Network.
Lire l’article complet de CEE Bankwatch Network : Obstacles pile up for the Dabar hydropower plant in Bosnia and Herzegovina: Time to rethink the whole Upper Horizons complex. Article de Pippa Gallop, Southeast Europe Energy Policy Officer, CEE Bankwatch Network.
Dans les Balkans, de nombreuses rivières traversent encore des paysages d’une grande valeur écologique. Elles alimentent des zones humides, des sources, des terres agricoles et des communautés locales, tout en abritant des espèces d’eau douce rares, parfois endémiques. Pourtant, ces rivières sont de plus en plus menacées par des projets d’infrastructure susceptibles de modifier durablement la manière dont l’eau circule dans les paysages.
L’un de ces cas est celui de la centrale hydroélectrique de Dabar, en Bosnie-Herzégovine. Ce projet fait partie du complexe hydroélectrique plus large Upper Horizons, qui prévoit de détourner une partie des eaux du bassin de la Neretva vers un autre bassin versant, au moyen de tunnels, réservoirs, canaux et centrales hydroélectriques. Si l’hydroélectricité est souvent présentée comme une source d’énergie renouvelable, les projets de cette ampleur peuvent avoir des conséquences importantes lorsqu’ils sont développés dans des écosystèmes d’eau douce fragiles.
La principale inquiétude tient au fait que le détournement de l’eau d’un bassin versant vers un autre peut perturber l’équilibre naturel des rivières, des sources, des zones humides et des écoulements souterrains. Dans cette région, l’eau ne circule pas seulement en surface : elle traverse aussi des réseaux souterrains complexes, qui alimentent des sources, des rivières, des plaines fertiles et des zones humides. Modifier ces flux pourrait réduire la disponibilité de l’eau dans certaines zones, affecter des zones humides saisonnières, perturber les habitats de poissons et fragiliser l’équilibre écologique du bassin de la Neretva.
Les impacts potentiels ne se limitent pas au site de construction. Selon CEE Bankwatch Network, le complexe Upper Horizons pourrait affecter plusieurs zones sensibles liées à la Neretva et à ses affluents, notamment des champs karstiques, des habitats d’eau douce et des écosystèmes situés en aval. Les changements de débit pourraient également avoir des conséquences pour les terres agricoles et les communautés locales qui dépendent de ces eaux pour leurs moyens de subsistance et leur bien-être.
Le projet soulève également des préoccupations importantes pour la biodiversité. Les rivières des Balkans abritent de nombreuses espèces adaptées à des conditions locales très spécifiques, notamment des poissons présents uniquement dans certains systèmes fluviaux. Lorsque les rivières sont barrées, détournées ou fragmentées, ces espèces peuvent perdre les habitats dont elles ont besoin pour se nourrir, se reproduire et survivre. Les zones humides saisonnières et les plaines inondables, qui dépendent des variations naturelles du niveau de l’eau, sont particulièrement vulnérables à ce type de modification.
Dans un nouvel article, CEE Bankwatch Network explique que lorsque les accords de financement de la centrale de Dabar ont été signés avec China Eximbank à la fin de l’année 2021, le projet semblait avancer comme la première et la plus importante composante du complexe Upper Horizons. Plus de quatre ans plus tard, le projet fait pourtant face à un nombre croissant d’obstacles : difficultés de construction, expropriations non résolues, recours juridiques, incertitudes financières et préoccupations liées à des permis environnementaux fondés sur une étude d’impact ancienne.
Pour Bankwatch, ces obstacles ne sont pas de simples retards dans le processus de construction. Ils soulèvent des questions plus profondes sur la viabilité du projet et sur les risques qu’il fait peser sur les populations et les milieux naturels. L’article estime que la situation actuelle devrait être considérée comme une occasion de repenser l’ensemble du complexe Upper Horizons avant que les impacts les plus importants ne se produisent. Même si certains travaux ont déjà commencé, Bankwatch souligne que les principaux impacts interviendraient au moment du remplissage des réservoirs et de la mise en service des centrales, ce qui signifie qu’une partie des dommages peut encore être évitée.
Le message de l’article est donc clair : poursuivre le projet uniquement parce que des fonds ont déjà été engagés ne constitue pas une justification suffisante. Bankwatch appelle au contraire la Republika Srpska à reconsidérer le projet et à se tourner vers des options énergétiques moins dommageables, plutôt que de poursuivre un aménagement dont les coûts écologiques et sociaux pourraient se faire sentir bien au-delà du site de construction.
Le cas de Dabar illustre un défi plus large auquel sont confrontés de nombreux écosystèmes d’eau douce dans la région. Les rivières des Balkans occidentaux subissent des pressions liées non seulement à l’hydroélectricité, mais aussi à la construction routière, aux activités minières, à l’extraction de graviers, à certains aménagements de contrôle des crues mal planifiés et à une mise en œuvre encore insuffisante des règles environnementales. Ces pressions peuvent s’accumuler à l’échelle de bassins versants entiers, réduisant progressivement la résilience des écosystèmes d’eau douce et les bénéfices qu’ils apportent aux populations et à la nature.
Ce travail s’inscrit dans le cadre de BRACE – Balkan Rivers: Advocacy for Conservation of Ecosystems, un projet soutenu par DIMFE et mis en œuvre par CEE Bankwatch Network. À travers BRACE, Bankwatch travaille avec des partenaires locaux dans les régions méditerranéennes des Balkans occidentaux et en Croatie afin d’éviter que des financements publics ne soutiennent des projets susceptibles de dégrader les rivières et les écosystèmes d’eau douce. Le projet combine données scientifiques, analyse juridique, plaidoyer, communication et appui aux organisations locales afin de renforcer les garanties environnementales et de promouvoir une meilleure protection des écosystèmes fluviaux.